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46 – Le schéma d’isolement social / aliénation : "Je suis différent des autres, je ne fais pas partie du groupe"

« Tu es une goutte de l’océan, mais en toi réside l’océan tout entier. »Molānā

46 – Le schéma d’isolement social / aliénation : "Je suis différent des autres, je ne fais pas partie du groupe"


1. Quand on a toujours eu cette impression d’être à part

Il y a des personnes qui, depuis toujours, se sentent étrangères au monde. Comme si elles n’étaient pas faites du même tissu que les autres. Pas forcément rejetées, juste… différentes. Inadaptées. Invisibles. À l’école déjà, elles ne trouvaient pas vraiment leur place. En famille, elles se demandaient souvent si elles étaient normales. Et aujourd’hui encore, elles ressentent cette même distance dans les groupes, les conversations, les événements sociaux.

Le schéma d’isolement social / aliénation naît souvent d’un environnement où l’enfant ne se sent pas compris, pas soutenu émotionnellement, ou tout simplement trop "autre" : trop sensible, trop silencieux, trop intelligent, trop rêveur, trop différent culturellement, socialement ou spirituellement.

2. Un filtre intérieur : "Je ne fais pas partie du monde"

Ce schéma agit comme une lentille invisible : même entourée, la personne se sent seule. Elle peut éviter les fêtes, les réunions, les discussions de groupe, non pas par timidité, mais parce qu’elle est convaincue que sa place n’est pas là. Elle se dit que les autres ne pourraient pas vraiment la comprendre. Elle porte un sentiment diffus de honte d’être qui elle est, et une peur constante d’être vue comme "hors norme".

Avec le temps, elle développe des stratégies de protection : elle se replie, intellectualise, se rend invisible, ou crée des identités multiples selon les contextes.

3. Quatre visages de ce schéma : études de cas

1. Clara – L’étrangère dans sa propre famille (37 ans, hétérosexuelle)

Clara a grandi dans une famille nombreuse, bavarde, extravertie. Elle, elle aimait lire, observer, réfléchir. On l’a vite surnommée "la philosophe" ou "la bizarre". Pas méchamment, mais suffisamment pour qu’elle se sente à l’écart. Elle a fini par s’auto-exclure, pensant qu’elle n’avait tout simplement pas sa place dans le groupe.

Adulte, Clara participe aux repas, aux réunions, aux fêtes. Mais à l’intérieur, elle se sent toujours à côté. Elle doute d’avoir quelque chose à dire. Elle craint que sa voix dérange, ou tombe à plat. Elle sourit, écoute, mais ne se montre jamais vraiment.

En séance, nous avons revisité ces moments d’enfance où elle s’est sentie moquée, interrompue, ou simplement ignorée. Elle a pu mettre des mots sur cette douleur invisible : celle de ne pas être reconnue dans ce qu’elle est profondément.

Peu à peu, en reconnectant à sa sensibilité et à son monde intérieur, Clara a compris qu’elle n’était pas "trop", ni "pas assez", mais simplement différente — et que cette différence n’était pas un défaut, mais une richesse. Une manière subtile de percevoir le monde, de comprendre les autres, d’apporter de la profondeur.

Au fil des séances, elle a commencé à prendre la parole, d’abord en thérapie, puis dans des espaces sécurisants. Elle a vu que sa voix pouvait toucher. Elle a cessé de chercher à être comme les autres, pour s’ancrer dans qui elle est. Et pour la première fois, elle a osé se dire : « Ma place existe. »

2. Zacharie – L’enfant qui a dû cacher qui il était (29 ans, homosexuel)

Zacharie a grandi dans un petit village très religieux. Très jeune, il a compris qu’il ne pouvait pas montrer qui il était vraiment. Alors il a appris à jouer des rôles. À l’intérieur, il se sentait seul, coupable, anormal.

Aujourd’hui encore, dans les cercles professionnels, il se demande toujours ce qu’il peut dire ou non. Il a peur de ne pas être "comme il faut". En thérapie, nous avons travaillé la reconstruction identitaire : Zacharie a commencé à s’autoriser à exister pleinement, sans devoir choisir entre conformité et solitude.

Un jour, lors d’une séance, il a prononcé cette phrase simple mais décisive : « Je suis fatigué de devoir me camoufler. » À partir de là, nous avons exploré les parties de lui qu’il avait mises en veille — ses désirs, ses opinions, sa sensibilité. Il a appris à prendre le risque d’être visible, même imparfaitement. Il a commencé à s’entourer de personnes qui voyaient l’homme derrière les masques, et à créer des espaces où il n’avait plus besoin de se trahir pour appartenir.

Il découvre qu’il est possible d’être soi — et d’être aimé tel quel. Non pas malgré sa différence, mais grâce à elle.

3. Samira – Le silence comme héritage (42 ans, binationale)

Samira est née en France de parents réfugiés politiques. À la maison, on parlait peu. Les émotions, les souvenirs, les histoires… tout était enfermé dans une pudeur protectrice. À l’école, Samira n’osait pas inviter d’amis chez elle. Elle ne parlait jamais de sa famille.

Aujourd’hui, elle est brillante, engagée, mais elle garde ses souffrances pour elle. Lors d’un événement en soutien à une cause qui lui tient à cœur, elle s’effondre après avoir pris la parole. Trop d’années de silence. Trop d’invisibilité.

En séance, nous avons réhabilité son histoire. Elle a commencé par écrire ce qu’elle n’avait jamais pu dire — à ses parents, à ses camarades, à elle-même. Puis, petit à petit, elle a osé parler, à voix haute, dans un cadre sécurisé. Elle a appris que sa parole ne mettait personne en danger. Que son vécu méritait d’exister, même s’il ne rentrait pas dans les cases.

Samira a compris que ce n’est pas elle qui était "étrange", mais le monde autour d’elle qui n’avait jamais su lui faire de place. Elle apprend aujourd’hui à parler, même si sa voix tremble. Et chaque mot dit est une réparation.

4. Naïma – La quête d’amour à tout prix (39 ans, bisexuelle)

Naïma veut plaire à tout le monde. C’est plus fort qu’elle. Elle dit oui à tout, fait des cadeaux, anticipe les besoins. Mais si quelqu’un oublie de lui dire bonjour ou lui répond avec froideur, c’est la panique. Elle repasse la scène mille fois, se demande ce qu’elle a fait de mal, culpabilise, s’auto-critique, et ne dort plus tant qu’elle n’a pas été rassurée.

Ce fonctionnement vient d’une enfance marquée par une instabilité affective. Son père partait et revenait, sa mère oscillait entre tendresse et rejet. Naïma a appris que pour être aimée, il fallait mériter l’amour, deviner ce que les autres attendent, ne jamais décevoir.

En thérapie, nous avons exploré cette peur constante de "mal faire", et l’angoisse que le moindre faux pas soit fatal. Elle a découvert qu’elle vivait sous le regard intérieur d’un parent critique, toujours prêt à juger, et que cette voix intérieure étouffait sa spontanéité.

Nous avons travaillé à différencier les faits (un simple oubli ou un ton agacé) de l’interprétation automatique ("je suis une mauvaise personne"). Naïma a commencé à se parler avec plus de douceur, à faire une pause avant de répondre à cette anxiété automatique. Elle apprend à s’ancrer dans une estime d’elle-même qui ne dépend plus exclusivement du regard de l’autre.

Et surtout, elle commence à se poser une question nouvelle et fondamentale : "Et moi, est-ce que je m’aime, même quand personne ne me le dit ?"

4. Comment ce schéma fonctionne intérieurement

Quand ce schéma est activé, plusieurs parties de soi peuvent se manifester :

  • L’enfant vulnérable : "Je suis seule, je n’appartiens à rien."

  • Le protecteur détaché : "Je m’en fous, je n’ai besoin de personne."

  • Le parent critique : "Tu es bizarre, tu n’as rien à dire, reste en retrait."

Le travail thérapeutique consiste à renforcer l’adulte sain : celui qui reconnaît la douleur d’exclusion, mais qui peut se souvenir que cette douleur vient du passé, pas du présent. Celui qui peut s’autoriser à participer, même avec ses différences.

5. Pratiques concrètes pour apaiser ce schéma

  • Noter les pensées automatiques : Quand je me dis "je ne suis pas à ma place", qu’est-ce que je ressens ? Est-ce un fait ou une vieille croyance ?

  • S’ancrer dans le corps : respiration, marche, mouvement. Se reconnecter au réel, pas à l’imaginaire.

  • Trouver sa tribu : pas forcément dans sa famille d’origine, mais chez ceux qui résonnent avec notre authenticité.

  • Exprimer une petite partie de soi, chaque jour : une phrase, une idée, un message. Laisser une trace.

  • Écrire une lettre à l’enfant que j’étais : lui dire qu’il est précieux, qu’il n’est pas seul, qu’il mérite d’être là.

6. Conclusion – Rejoindre l’humanité sans se trahir

Ce schéma ne se guérit pas par le conformisme, mais par l’acceptation profonde de sa singularité. Être différent ne signifie pas être exclu. Il est possible d’être pleinement soi et de faire partie du monde. Lentement, avec patience et amour, ce schéma peut se transformer en source d’appartenance vivante — pas en disparaissant, mais en s’exprimant.

À méditer

« La solitude ne vient pas de l'absence de gens autour de soi, mais de l'incapacité à communiquer ce qui semble important. »


C.G. Jung

Si vous vous reconnaissez dans ce schéma et souhaitez vous en libérer, je vous invite à réserver une séance personnalisée sur www.e-coach.fr/book-online

 
 
 

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