44 — Le schéma de méfiance/abus : comprendre la peur d’être blessé ou trahi
- Marya Sirous

- 23 janv.
- 4 min de lecture
Citation d’introduction « Si tu verses ton cœur, verse-le dans les mains d’un digne. Car tout ruisseau ne mène pas à l’océan. »— Molānā

44 — Le schéma de méfiance/abus : comprendre la peur d’être blessé ou trahi
1. Une armure invisible : se protéger à tout prix
Le schéma de méfiance/abus se forme chez ceux qui ont connu, souvent très jeunes, des expériences de trahison, de maltraitance, d’abus ou de manipulation. L’enfant apprend alors une vérité douloureuse : la vulnérabilité est dangereuse. Il vaut mieux ne faire confiance à personne, ne rien montrer, se préserver.
Ce schéma est fréquent chez les personnes qui ont grandi dans des environnements instables, violents ou humiliants. Même si les abus ne sont pas physiques, la trahison affective (mensonges, promesses non tenues, manipulations) suffit à ancrer cette méfiance chronique.
2. Le monde comme un champ de mines
L’adultes porteur de ce schéma perçoit souvent les autres comme dangereux, même s’il ne le montre pas. Il anticipe l’abus ou la trahison, scrute les signes d’intention cachée, interprète le doute comme preuve, et l’erreur comme faute volontaire. Il se défend par le contrôle, l’ironie, la distance ou l’agressivité.
Souvent, cette méfiance empêche l’intimité : la personne refuse de se confier, pense que l’autre cherche à profiter, ou projette une hostilité là où il n’y en a pas.
3. Trois visages du schéma de méfiance/abus : Études de cas
Cas 1 : Anissa et Mathieu – L’hypervigilance relationnelle (couple hétérosexuel, 40 et 42 ans)
Anissa a grandi avec un père autoritaire et une mère silencieuse. Enfant, elle était souvent humiliée, moquée pour ses émotions ou trahie dans ses confidences. Aujourd’hui, elle vit avec la certitude que tout lien profond mène à une blessure.
Avec son compagnon Mathieu, elle garde toujours une certaine distance. Elle teste, provoque, accuse avant d’être blessée. Chaque maladresse est perçue comme une trahison.
En thérapie, nous avons travaillé sur les souvenirs d’abus subtils, et sur la peur d’être dupée. Anissa a commencé à expérimenter une confiance progressive, en distinguant le passé du présent, et en osant exprimer ses doutes sans les transformer en accusations.
Cas 2 : Kamel – Le militant blessé (homme hétérosexuel, 51 ans)
Kamel est un ancien activiste. Dans sa jeunesse, il a été victime d’injustice policière et de trahison au sein de son collectif. Depuis, il se méfie de tout pouvoir, de toute organisation, même bienveillante. Il voit dans chaque engagement un risque de manipulation.
Sa méfiance politique contamine aussi ses relations proches. Il suppose que ses amis, ses collègues, voire sa compagne ont toujours un intérêt caché. Il se replie, ou se montre cynique.
En thérapie, nous avons reconnu la réalité de ses blessures, sans les absolutiser. Kamel a réappris à faire des choix nuancés, à poser des limites sans couper le lien, à faire confiance sans être naïf. Il a retrouvé le goût de la solidarité sans se perdre dedans.
Cas 3 : Yasmine – L’intimité impossible (femme homosexuelle, 29 ans)
Yasmine n’a jamais raconté ce qui s’est passé entre ses 12 et 14 ans. Personne ne l’a crue à l’époque, et depuis, elle porte une honte silencieuse. Elle refuse toute forme de vulnérabilité.
Dans ses relations amoureuses, elle est brillante, séduisante, mais garde toujours une armure. Dès que l’autre approche trop, elle s’éloigne. Ou bien, elle sabote.
En thérapie, nous avons construit une relation sûre où les émotions n’étaient ni jugées ni utilisées. Yasmine a pu, à son rythme, commencer à raconter, à pleurer, à mettre des mots. Ce chemin l’a ouverte à une autre forme d’intimité, fondée sur le respect mutuel et le consentement profond.
4. Mécanismes internes du schéma
Quand le schéma de méfiance est activé, plusieurs modes de survie peuvent apparaître :
L’enfant vigilant : anticipe la trahison, même sans preuve.
Le protecteur combattant : attaque avant d’être blessé.
Le parent soupçonneux : juge les autres comme coupables potentiels.
L’objectif est d’activer l’adulte sain : celui qui écoute son intuition sans la confondre avec la peur, qui peut poser des limites claires sans se refermer, et qui apprend à construire la confiance de façon sécurisée.
5. Pratiques concrètes pour apaiser la méfiance
Écrire une "carte de confiance" : qui a été digne de confiance dans ma vie ?
Identifier les événements du passé que l’on projette sur le présent
Expérimenter la vulnérabilité dans des cadres sûrs
Oser dire : "J’ai du mal à faire confiance, mais j’en ai envie."
Noter les comportements fiables des autres, au lieu de traquer les erreurs
Apprendre à poser des limites avec fermeté et bienveillance
6. Une confiance qui ne naît pas de l’oubli, mais du discernement
Sortir du schéma de méfiance, ce n’est pas faire confiance à tout le monde. C’est apprendre à sentir quand le danger est réel, et quand il est le fantôme d’une blessure ancienne.
C’est bâtir, pas à pas, une relation au monde où la prudence coexiste avec l’ouverture, et où la peur n’empêche plus l’intimité.
À méditer
« C’est par la fissure que la lumière entre. »— Mawlānā
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